Histoire

Une idée qui germe

Si l'on ne se fie qu'aux chiffres, il est difficile d'imaginer avoir besoin d'un organisme tel que la SAE à Ottawa, à la fin des années 1800. Après tout, la population totale de la ville et du comté de Carleton s'établissait à moins de 40 000 personnes.

Toutefois, la grande majorité des résidents d'Ottawa-Carleton croyaient, à l'époque comme aujourd'hui, que les besoins de chaque enfant ne pouvaient se mesurer que par amour et compassion. Un seul enfant dans le besoin était inacceptable. «Les enfants sont la priorité absolue et méritent de faire partie d'une famille où ils sont aimés et voulus», voilà en quoi consistait le sentiment général à cette époque.

À Bytown, en 1893, des enfants abandonnés et orphelins parcouraient les rues, couchaient sur les seuils de porte ou sur les planchers recouverts de sciures de bois des tavernes du voisinage. Ils obtenaient des brins de nourriture et, comme certains adolescents itinérants d'aujourd'hui, s'adonnaient à des délits mineurs et à la prostitution pour survivre. Selon l'un des résidents de la région, «de nombreux enfants sans famille devaient vivre comme des chiens abandonnés».

Face à cette situation, l'idée de constituer la Société de l'aide à l'enfance d'Ottawa a commencé à germer. Au cours des années, cette idée a été entretenue par les efforts et la compassion de nombreuses personnes. L'engagement de ces personnes s'est perpétué de génération en génération. Aujourd'hui, plus d'un siècle depuis la constitution de la Société, l'engagement des bénévoles, la compassion des citoyens et du personnel aident la SAE à offrir ses services à une autre génération d'enfants dans le besoin.

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Les premières années

Le progrès des premières années découlait d'une vision des choses bien différente de celle que l'on connaît aujourd'hui. La crainte de la pauvreté et de l'agitation sociale, et non seulement le souci du bien-être des enfants, était le fondement de bien des lois de l'époque.

Dès 1799, les gardiens de la ville étaient dotés de pouvoirs qui leur permettaient de jumeler les orphelins à des apprentis. En 1827, les cours locales obtenaient l'autorisation de nommer des tuteurs pour les enfants sans famille. Vers le milieu des années 1800, on votait des lois qui stipulaient que l'on pouvait, dans toute ville ou village, lier, à titre d'apprentis, un mineur dont les parents étaient détenus en milieu carcéral ou vivaient de la charité publique. Le gouvernement n'était pas prêt à s'engager davantage. Il incombait aux oeuvres de charité privées de prendre la relève.

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 La Loi sur la protection des enfants

Parmi ceux qui s'étaient engagés à combler les lacunes dans les services, citons un groupe de citoyens influents d'Ottawa dirigé par Lady Ritchie. En 1888, ils établissaient la Ottawa Humane Society. Les efforts de Lady Ritchie ne se limitaient pas à combler les besoins immédiats des enfants négligés. Épouse du juge en chef Ritchie, elle se servit de son influence pour faire adopter la Loi pour la prévention de la cruauté et de la protection des enfants de 1893, communément appelée aujourd'hui la Loi sur la protection des enfants.

La Loi sur la protection des enfants constitue les assises de la protection de l'enfance. En décembre 1893, la SAE d'Ottawa voyait le jour. Avec Toronto et Peterborough, la SAE d'Ottawa comptait parmi les trois premières sociétés d'aide à l'enfance en Ontario.

Au tournant du siècle, la SAE d'Ottawa était un puissant défenseur des enfants. Elle s'occupait de 200 enfants dont 130 avaient été placés dans des foyers d'accueil sans frais et 20 étaient retournés chez leurs parents naturels. Les 35 autres enfants étaient dans diverses institutions, des orphelinats ou des asiles. Mais si nous étions une voix puissante de la protection des enfants, nous devenions une voix également efficace pour le changement. Le changement le plus marquant fut d'adopter le point de vue selon lequel les enfants devraient demeurer dans leur propre foyer et non être sujets aux mesures extrêmes que constitue la séparation forcée. Dans les situations où l'enfant ne pourrait jamais retourner à ses parents, la Société préconisait l'adoption.   

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Rôle grandissant du gouvernement

En 1906, la SAE a nommé les premiers agents de probation pour les adolescents au Canada. Ces agents ont eu la responsabilité de «réformer l'enfant dans son foyer et si possible, réformer le foyer même» Leur nomination était qu'ils soient à une nouvelle façon de voir les enfants: en les considérant désormais comme de «futurs citoyens à rescaper» au lieu de criminels.

Un autre changement important voyait le jour en 1913. Il s'agissait de la nomination d'une personne chargée de trouver, d'évaluer et d'inspecter les foyers d'accueil. À l'époque, la SAE s'occupait de 1 000 enfants et ne possédait toujours pas de moyens structurés d'évaluer les conditions d'accueil des enfants dans les foyers. Bien que la nomination eu connu un succès limité dès 1919, la SAE ne faisait, en moyenne, que 1,7 visite par enfant par année, alors la société se rendit compte d'un besoin qui existe toujours aujourd'hui. Ces changements, avec la conduite de son président W.L. Scott, faisaient de la SAE d'Ottawa l'une des sociétés d'aide à l'enfance les plus avant-gardistes de la province. Cet enthousiasme réformiste était toujours évident au début des années 30, date à laquelle la SAE d'Ottawa choisissait: «d'abandonner les méthodes révolues de prestation de soins à l'enfant et aligner le travail de la société aux normes modernes». Parmi les nouvelles idées adoptées, on comptait l'objectif de tout faire en son pouvoir pour sauver le foyer pour le bien de l'enfant.

La SAE poursuivit ses activités au cours des années de guerre et au-delà. Dans les années 50, une société plus forte n'équivalait pas forcément à une société plus confiante. En termes simples, la Société visait trop loin. Un sentiment croissant de frustration s'exprimait à l'idée que du personnel mieux qualifié, de meilleures installations et des programmes plus imaginatifs - lesquels étaient tous en place à l'époque - ne réussiraient jamais à résoudre tous les problèmes.

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 Des années 60 à aujourd'hui

Dans les années 60 et 70, de nouvelles attitudes et découvertes eurent une grande influence sur les sociétés de l'aide à l'enfance à travers le pays. L'accès à de meilleures méthodes de contraception, la libéralisation de l'avortement, les naissances en dehors du mariage, la libéralisation du divorce, et l'acceptation grandissante de l'adoption internationale étaient des facteurs qui tiraient la SAE souvent dans des directions différentes. De plus, la violence faite aux enfants devenait un sujet à aborder d'urgence.

Depuis l'adoption de la Loi sur la protection de l'enfance de 1975, le gouvernement assume une plus grande responsabilité. Des normes plus exigeantes ont été imposées et des représentants municipaux ont joué un rôle important dans le fonctionnement quotidien de la SAE. Entre temps, la SAE a étendu ses programmes de prévention et a conçu une gamme diversifiée d'intervention et de maintien à domicile pour les enfants qui ont des besoins spéciaux.

À la fin des années 70, les changements dans la société et dans le rôle de la SAE étaient constants. Nos efforts pour atteindre les normes les plus strictes et pour répondre aux demandes les plus exigeantes n'ont pas cessé malgré ces nombreux changements. Une chose ne changera pas toutefois. Aujourd'hui, comme en 1893, nos efforts portent sur un seul et même but: s'occuper des enfants qui ont besoin de protection.

 

 

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